Buzyn mise en fuite à Saint Louis

A l’occasion de la venue d’Agnès Buzyn à l’hôpital Saint-Louis pour la fête de la musique, le 21 juin 2018, le personnel soignant et des usager·es ont essayé de l’interpeller. Malheureusement, il faut croire que la ministre de la Santé a pris peur, car elle a choisi de se faire la belle en sens interdit. Reportage de notre envoyé·e spécial·e sur place.


Cela fait des années que le personnel soignant et les patient·es ne cessent d’alerter sur la situation de l’hôpital. Encore récemment, Le Monde titrait « L’hôpital public est à l’agonie[1]Voir, « L’hôpital public est à l’agonie« , 4 avril 2018. ». Alors que les fermetures de lits, de postes et de services continuent d’être annoncées, que les budgets s’amenuisent et que le travail est de plus en plus surchargé, nombre de soignant·es se mettent en arrêt de travail, en grève, ou pire, se suicident[2]Voir « Vague de suicides dans les hôpitaux« , juin 2018..

Heureusement, les hôpitaux ont du répondant. La bataille du collectif Blouses noires[3]Voir notre article sur les Blouses noires sur Grozeille : « Blouses noires, soignant·es en deuil« . et de l’intersyndicale contre l’ARS de Normandie, à l’hôpital du Rouvray, a permis aux soignant·es d’obtenir la création de 32 postes. Il n’en a pas fallu plus pour donner de l’espoir aux soignant·es d’autres hôpitaux, qui se sont mis en grève dans la foulée, et ont adopté eux aussi la blouse noire. A Saint-Etienne, au Havre, à Toulouse, à Dax, à Lons-le-Saunier, à Agen, à Paris, le personnel hospitalier est en lutte, et il s’esquisse comme un début de mouvement hospitalier, alors que l’été s’annonce chaud[4]« Urgences des hôpitaux. Boycott, grève, pénurie de médecins… l’été risque d’être chaud« , Ouest-France, 3 juin 2018..

Dans ce contexte d’ « agonie » où les soignant·es sont parfois réduits à la maltraitance, la ministre de la Santé semble, elle, très bien se porter. Le 21 juin, l’agenda ministériel d’Agnès Buzyn indiquait que celle-ci comptait se rendre à l’hôpital Saint-Louis à l’occasion de la fête de la musique. L’idée peut déjà apparaître assez saugrenue, mais la réalité confine à l’indécence : devant les appareils photo, la ministre compte rendre visite à des patient·es du service d’hématologie (qui sont donc atteint·es de leucémie, lymphomes et autres maladies graves), accompagnée de quelques flûtistes et accordéonistes. Sans doute pour noyer sous une touche musicale le silence gênant qui aurait dû signaler l’absurdité d’une telle rencontre.

La veille, un coup de fil avait été passé aux syndicats de l’hôpital (FO, SUD, CGT) pour s’assurer qu’il ne se passerait rien qui puisse gêner la parade ministérielle. Fort heureusement, le personnel soignant avait prévu de se faire entendre… Nous laissons la parole à notre envoyé·e spécial·e sur place :

Agnès Buzyn est annoncée à « Myosotis 3 » en hématologie. On se pointe, elle arrive une demi-heure en retard. Tout est déjà prévu : elle doit voir trois patients. Ce qui est extraordinaire c’est que les patients qu’elle va voir sont en aplasie[5]Dans le contexte d’une leucémie, une aplasie signifie que Les chimiothérapies bloquent temporairement l’activité de la moelle osseuse, entraînant une diminution de la production des cellules sanguines. C’est cet arrêt ou baisse de la production de cellules sanguines qu’on appelle aplasie. ; on a quand même des protocoles ! C’est deux visiteurs maximum par personne alors que là ils rentrent à 10 dans la chambre, en faisant de la flûte, etc. Voilà, elle est venue pour faire son petit cirque, son petit carnaval.

Avant d’entrer dans la chambre, elle prend genre deux minutes à s’habiller. Elle met la charlotte, on la prend 10 fois en photo, elle met son masque, on la prend 10 fois en photo. Voilà, on voyait que c’était une mise en scène pour se servir des gens qui ont des cancers, qui sont pas bien. Et elle sort en disant « c’est fabuleux, c’est merveilleux, c’est génial ». Je la regarde en disant « c’est pas possible… comment ça c’est génial ? c’est génial les patients qui sont en aplasie ? ». elle est dans un autre monde la dame.

Quand même, aller jouer de la musique aux patient·es leucémiques pour la fête de la musique… Au début, on a cru que c’était une fausse annonce, car on savait qu’il y avait un rappeur qui faisait un concert dans la cour de l’hôpital, en extérieur, elle aurait pu aller là, avec tout le monde. Mais non, elle est allé jouer de la flûte dans les chambres des malades en aplasie, c’était tellement ridicule que c’en était hallucinant.

Peut-être à cause de notre présence, la ministre a abandonné ses projets. C’est sa manageuse qui nous a dit, elle a abandonné l’idée d’aller voir les musiciens dehors, elle a abandonné l’idée de faire une photo avec les infirmières[6]Selon une autre source non concordante, les soignant·es auraient en fait refusé de faire une photo avec la ministre., et elle devait normalement voir un staff de médecins ou de cadres, et ça aussi ça a été abandonné. Et puis elle a fini par partir à toute vitesse en sens interdit, alors qu’on n’était pas un danger plus que ça…

Où sont les syndicats quand le personnel se mobilise ? Il y avait bien la CGT de Robert Debré, la fédé SUD Santé Sociaux… Mais de l’hôpital Saint-Louis, à part FO, il n’y avait aucun représentant syndical pour accueillir la ministre comme il se doit. On a appris que la CGT Saint Louis était là, mais ils leur ont juste serré la main ! SUD Saint Louis était aux abonnés absents.

References   [ + ]

1. Voir, « L’hôpital public est à l’agonie« , 4 avril 2018.
2. Voir « Vague de suicides dans les hôpitaux« , juin 2018.
3. Voir notre article sur les Blouses noires sur Grozeille : « Blouses noires, soignant·es en deuil« .
4. « Urgences des hôpitaux. Boycott, grève, pénurie de médecins… l’été risque d’être chaud« , Ouest-France, 3 juin 2018.
5. Dans le contexte d’une leucémie, une aplasie signifie que Les chimiothérapies bloquent temporairement l’activité de la moelle osseuse, entraînant une diminution de la production des cellules sanguines. C’est cet arrêt ou baisse de la production de cellules sanguines qu’on appelle aplasie.
6. Selon une autre source non concordante, les soignant·es auraient en fait refusé de faire une photo avec la ministre.

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