Contre la fusion : la Psychiatrie parisienne unifiée

Depuis quelques mois, les hôpitaux psychiatriques s’agitent en France, notamment après les victoires du Rouvray et du Havre. A Paris, la fusion de trois hôpitaux psychiatriques pour former un même « GHU » (groupe hospitalier universitaire) est l’occasion pour la direction de broyer les acquis du personnel.

En réaction, le personnel de ces centres hospitaliers a créé un collectif, la « Psychiatrie parisienne unifiée » (PPU). Après une forte mobilisation en juin, le personnel a obtenu que la décision finale concernant le projet GHU soit remise à septembre. Une manifestation est donc organisée par la PPU le 6 septembre à Paris, à laquelle tous les défenseurs du soin sont conviés !


Comment et pourquoi le collectif « La Psychiatrie Parisienne Unifiée » s’est-il formé ?

La page « La Psychiatrie Parisienne Unifiée » a été créé afin de permettre aux établissements psychiatriques de Paris et à ses membres d’être en contact direct, de pouvoir partager, s’informer sur la situation actuelle qui s’impose à nous. Elle permet un échange d’informations concernant la lutte que nous menons actuellement.

La page a été initialement créée par un service de Maison Blanche mais a tout de suite été rejointe par les autres structures hospitalières en tant qu’administratrices de la page.

Qu’est-ce qu’un GHU ? Pourquoi vous y opposez-vous ?

En 2016, a été votée et mise en place très rapidement la fusion des établissements psychiatriques de Paris suivants :

  • EPS Maison Blanche (EPSMB),
  • CH Sainte-Anne (CHSA)
  • Groupe public de santé Perray-Vaucluse (GPSPV),

Cette première fusion, appelée le « GHT » (Groupement Hospitalier de Territoire), vise à terme une organisation commune avec une direction commune, afin que les hôpitaux psychiatriques de Paris ne fassent plus qu’un et forment bientôt le « GHU » (Groupe Hospitalier Universitaire Paris Psychiatrie & Neuroscience).

Cela concerne 75 sites en tout, en comptant l’extra hospitalier, et les établissements partenaires, donc plus de 5600 personnels. En janvier 2019, il est donc prévu que le GHT devienne le GHU, et intègre les regroupements d’établissements hospitalo-universitaires

Or, jusqu’à 2016, les acquis de chaque établissement étaient encore plus ou moins respectés malgré des changements d’instances. Mais le projet de « GHU » a mis en place un projet de « protocole de politique sociale » applicable au 1er janvier 2019, concernant la gestion du temps de travail, la modification des acquis des divers établissements, la diminution de la prime de services, le changement des Œuvres Sociales, dans le but de « fixer les règles d’une organisation de travail équilibrée et commune ».

Dans ces circonstances, l’intersyndicale ainsi que les membres des 3 établissements se mobilisent afin de faire valoir leurs droits (qui avaient été défendus en 2002 par une mobilisation en masse), et d’éviter la perte des acquis.

Voici ce que la direction nous impose :

  • Suppression des roulements en 12h,
  • Diminution du temps de travail initialement en 8h à 7h30 avec donc diminution des RTT (passage de 14 RTT au lieu de 20) concernant l’hôpital Maison blanche,
  • Concernant les autres structures, initialement en 7h36, passage en 7h30 pour les titulaires (perte de 3 RTT),
  • Horaires en 7h pour les contractuels avec absence totale de RTT,
  • Ré-organisation des jours de sujétions pour n’en accorder que 2 à partir de 20 dimanches, au lieu de 4 initialement,
  • Suppression du jour de délais de route,
  • Le changement des œuvres sociales (refus d’organiser un referendum permettant aux salariés d’exprimer leur choix),

A savoir qu’actuellement des postes ne sont toujours pas pourvus sur tous les sites. Le personnel dénonce déjà des conditions de travail et de soins dégradées, et sans personnel en plus, ce sera de pire en pire. Actuellement, il faut déjà déborder l’horaire pour transmettre les informations sur les patients à l’équipe suivante.

Les conséquences de ce protocole sont nombreuses :

  • Épuisement physique et psychique,
  • Risques de burn-out,
  • Plus assez de temps pour les transmissions orales, les synthèses, les réunions,

Votre collectif rassemble le personnel des centres Sainte-Anne, Maison-Blanche et Perray-Vaucluse. Comment avez-vous fait le lien entre ces différents hôpitaux ?

Le collectif est composé de tous les corps de métiers : infirmiers, aide soignants, agents administratifs, agents techniques, médecins, cadre de santé.

Ces différents hôpitaux travaillent maintenant ensemble depuis 2 ans, des liens se sont créé au fur et à mesure, et se sont amplifiés par la page Facebook et nos diverses assemblées générales.

Une de vos banderoles indique «  les soins ne sont pas à marchander ». Vous avez constaté dans votre travail cette transformation des soins en marchandises ?

« Les soins ne sont pas à marchander » : la direction commune [au GHT] se préoccupe plus de la rentabilité financière que de la prise en charge de nos patients, en diminuant nos congés et en diminuant notre qualité de travail. Ce sont bien évidemment les patients et les soins qui seront touchés.

Quels rapports entretenez-vous avec les syndicats ?

Ils nous informent via l’intersyndicale, mais les actions sont mises en place par les salariés ainsi que les initiatives, en majeure partie.

Quelles formes d’actions avez-vous choisi ?

Les actions menées jusqu’à maintenant étaient : un rassemblement pré-négociation, des assemblées générales afin de mobiliser les troupes et de montrer aux membres de la direction notre mécontentement. Ces actions ont débuté le 15 juin et se sont terminées le 29 juin.

L’affluence aux AG a augmenté au fur et à mesure jusqu’à atteindre plus de 300 personnes. Les négociations étaient menées par les directeurs des hôpitaux et la DRH avec l’intersyndicale. Chaque négociation se finissait en une simple concertation de 30 minutes, pour finir sur « une déclaration de non-recevoir ».

Ce vendredi dernier, le 29 juin, devait être voté le projet final. La direction du GHT souhaitait signer un « protocole d’accord » dans l’après-midi et clore les débats… Après plusieurs désaccords et interruptions de séance suite à des échanges musclés, et sous la menace d’un préavis de grève, la direction a accepté de poursuivre les négociations après les congés d’été. Une « ultime journée de négociation » (dires de la direction) est ainsi prévue début septembre 2018.

Des actions sont proposées cet été afin de ne pas se faire oublier. Nous préparons une grève pour le 6 septembre (reconductible jusqu’au 10 septembre). Ces 2 mois vont nous permettre de rassembler les troupes, trouver des médias, etc. En date du 6 septembre, une manifestation est aussi prévue, avec un lieu encore à définir. Nous espérons être minimum 3000.

Qu’avez-vous obtenu jusqu’à maintenant ?

Nous n’avons à ce jour rien obtenu à part un délai supplémentaire concernant la décision finale (reportée au 10 septembre).

Après la lutte contre la fusion, vous parlez maintenant de « fusion des luttes ». Imaginez-vous une connexion avec d’autres foyers de lutte, comme cela s’est vu au Rouvray par exemple ?

Le terme « fusion des luttes » est en lien avec cette fusion des établissements (en tout 75 sites en comptant l’extra hospitalier) et cette lutte commune. Nous avons pris contact avec d’autres comités de lutte : les Blouses noires, les perchés [du Havre], etc.

Soutien des Blouses noires

Vos revendications sont plutôt locales et défensives (contre la « casse de nos acquis »). Pourtant les problèmes que vous décrivez concernent tous les hôpitaux. Pensez-vous que nous arriverons à arrêter la transformation de la santé en marchandise au niveau national ?

Si absolument tout le monde se mobilise en même temps, nous pouvons freiner cette transformation. Actuellement, beaucoup de centres hospitaliers « se rebellent » avec les mêmes revendications. Si nous unissons nos forces avec toute la France, on arrivera à se faire entendre.

Comment imaginez-vous l’évolution du « système de santé » à l’avenir ? Que pensez-vous qu’il faudrait faire ?

A l’heure d’aujourd’hui, notre vision du futur du « système de santé » est très mauvaise. On s’achemine vers un système de santé qui ressemblera plus à une entreprise privée, mettant en avant la rentabilité plutôt que l’offre de soins. Il faudrait que tous les hôpitaux de France se mobilisent en même temps, soignants et soignés.

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