Comité d’accueil pour Martin Hirsch à Saint-Louis

Quelques jours à peine après le passage d’Agnès Buzyn[1]Voir notre article « Buzyn mise en fuite à Saint-Louis« , l’hôpital Saint-Louis a reçu la visite de Martin Hirsch, bien-aimé directeur de l’AP-HP.


Martin Hirsch à Saint-Louis

Martin Hirsch est le directeur de l’AP-HP (Assistance Publique – Hôpitaux de Paris). Après avoir fait d’Emmaüs France une entreprise, il met les assisté·es et les chômeur·es de France au travail, à travers le controversé RSA (revenu de solidarité active), sous Sarkozy. Sans surprise, lorsqu’il est finalement parachuté directeur des hôpitaux de Paris en 2013, ce proche de François Hollande y propage sans relâche l’idéologie managériale, dans la logique déjà ancienne de l’ « hôpital-entreprise ».

L’AP-HP est connue pour son « excellence », mais hélas aussi pour ses ennuis budgétaires. Et Martin Hirsch malgré sa très bonne volonté, n’a rien arrangé à l’affaire. En 2015, Hirsch impose au personnel soignant l’impopulaire réforme « OTT[2]OTT : Organisation du temps de travail. Voir « Martin Hirsch signe un accord sur le temps de travail à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris«  », qui supprime des congés, désorganise les équipes et modifie arbitrairement les horaires, pour faire des économies. Un mouvement de grève et de luttes a agité les hôpitaux de Paris mais n’a pas abouti à l’annulation de la loi, même si un procès est en cours[3]Ce procès oppose des requérant·es qui sont par ailleurs membres de notre association, à Martin Hirsch. Le procès est actuellement en appel..

Malgré tous ses efforts, ou plutôt, malgré les efforts exigés auprès du personnel soignant et des usager·e·s, Martin Hirsch n’a pas réussi pour autant à redresser la situation budgétaire de l’AP-HP, qui voit son « déficit » se « creuser » lourdement en 2017[4]Voir « AP-HP: un déficit plus lourd que prévu en 2017« . Mis en difficulté, Martin Hirsch propose donc en ce moment de réformer l’AP-HP (projet « Nouvelle AP-HP »), autour de trois grands groupes hospitalo-universitaires, au sein desquels le personnel sera bien sûr « mobile », « souple », « adaptable » et plus actif. Les patient·es, eux auront droit aux dernières « innovations » de la « médecine-SMS », plutôt qu’à l’attention de soignant·es surchargé·es.

Façade de l’hôpital Saint-Louis ce jour-là

Pendant que Martin Hirsch est occupé par ses problèmes de gestion budgétaire et son « pari sur la digitalisation et le numérique », la situation de l’hôpital continue de se dégrader. Dans de telles conditions, nous ne pouvions pas laisser Martin Hirsch débarquer dans la bonne humeur à l’hôpital Saint-Louis pour inaugurer en grande pompe la policlinique d’immunologie et hématologie (PHI) et la policlinique d’oncologie médicale (POM), le 26 juin 2018[5]Voir « Hôpital Saint-Louis, AP-HP : inauguration de deux policliniques ambulatoires pour une prise en charge personnalisée en hémato-cancérologie » sur le site de l’AP-HP..

Notre petit groupe, qui comporte à la fois des soignant·es (infirmier·es, aide-soignant·es, internes en médecine, technicien·nes de labo, agents de service hospitalier qualifiés), quelques syndicalistes (FO, CGT) et des usager·e·s de l’hôpital, se poste à l’entrée de l’hôpital pour attendre Martin Hirsch, derrière une banderole commune. A quelques mètres de nous, des cadres et des médecins du service d’hématologie forment, eux, le comité officiel pour accueillir Martin Hirsch. Ils ne souhaitent manifestement pas venir vers nous.

Des usager·es nous ont spontanément rejoints lors de l’action

Notre présence met visiblement la sécurité de l’hôpital en alerte. Les gardes se sont multipliés aux entrées, le chef de la sécurité épie nos mouvements, et quelques RG sont là. Lorsque le directeur de l’AP-HP fait son arrivée, accompagné d’une cohorte de gardes et de divers lèche-bottes administratifs, nous le suivons jusqu’au service d’hématologie qui doit être inauguré ce jour-là. Les tables destinées à fournir les héros de la médecine moderne en petits fours et rafraîchissements sont déjà installées dans le hall. Nous serons malheureusement exclus de la fête inaugurative, qui se déroulera derrière des portes fermées et les gros bras de la sécu.

Il faut dire qu’à ce moment-là, nous étions vraiment déçus de rater le spectacle, les flash d’appareil photos et les tonnerres d’applaudissement. A l’intérieur de la salle, tout le monde écoute religieusement Martin Hirsch, sauf la responsable de la communication de l’AP-HP, qui ne se gêne pas pour nous prendre en photo à travers le hublot. Heureusement pour nous, la direction de l’hôpital, remarquant notre présence et notre déception, a gracieusement décidé de venir discuter avec nous. Ces échanges assez longs et infructueux n’ont pas donné grand chose[6]Notons tout de même qu’une partie de ces échanges, filmés en direct sur Facebook, ont été supprimés des réseaux sociaux, certainement à la demande de la direction de Saint-Louis…. De notre interpellation sur les conditions de travail difficiles de nombre de soignant·es de l’hôpital, les directeurs ne retiendront qu’un seul point : l’absence de WC pour la suppléance (voir plus bas).

Un peu plus tard, une fois l’inauguration terminée, Martin Hirsch sort de sa forteresse et se fait arrêter une nouvelle fois par le personnel soignant. Peut-être pas au meilleur de sa forme, ses réponses sont maladroites et inintéressantes. Il semble pressé de partir :

Comme on peut le remarquer, Hirsch maîtrise à la perfection la rhétorique du « dialogue social », qui veut que le seul interlocuteur légitime des dirigeants soient les syndicats. Contre tous les reproches qui seront faits par ceux et celles qui travaillent quotidiennement à l’hôpital, Hirsch répondra qu’il s’est déjà entretenu avec les responsables syndicaux, sans nous dévoiler plus avant les merveilleux changements qu’ils ont sans doute prévus en secret pour faire de l’hôpital un lieu de soin et d’accueil digne de ce nom.

Pour notre part, nous notons simplement que la plupart des syndicats de Saint-Louis étaient aux abonnés absents lors de l’accueil de Martin Hirsch par le personnel. Faut-il en conclure qu’ils font jeu à part ?

A QUOI JOUENT LES SYNDICALISTES ?

Ce jour-là, pour accueillir Martin Hirsch comme il se doit, le secrétaire de FO  Saint-Louis était bien là pour accompagner le personnel. Seul problème : c’était le seul syndicaliste[7]A vrai dire, il y avait aussi un représentant CGT d’un autre établissement de l’AP-HP.. Des représentant·es SUD Santé de Saint-Louis sont certes venus voir ce qui se passait, mais ils se sont tenus en retrait dans une attitude assez malveillante, pour critiquer le personnel et les usager·es mobilisés. Ils ont donc cru bon de critiquer ceux et celles qui se sont chargés de faire le travail qui, en principe, revient aux syndicalistes… La CGT Saint-Louis, quant à elle, brillait par son absence.

Plusieurs soignant·es de Saint-Louis étaient révoltés par cette situation :

Le secrétaire SUD Santé de Saint-Louis, avant de partir, nous a dit : « ça sert à rien ce que vous faites ». On lui fait remarquer qu’il n’y a qu’en agissant qu’on peut obtenir quelque chose, et on l’a félicité de raconter, en tant que représentant SUD du personnel, ce genre de conneries. Celui-ci n’a rien trouvé de mieux à dire que « vous faites n’importe quoi, tu crois que ça va faire quoi ? ».

C’est bien gentil que le secrétaire SUD de Saint-Louis se moque des actions du personnel. Pendant que lui est spectateur, notre action a abouti à faire bouger les choses. La preuve : le lendemain de l’action, des travaux sont annoncés pour installer les toilettes de la suppléance au rez-de-chaussée. Même si ça paraît peu de choses, pour nous c’est énorme. Car depuis le mois de juillet que ces WC avaient été détruits, la cadre sup’, les collègues et tout n’ont pu rien faire, ils ont envoyé plusieurs mails, ils en ont parlé au CHSCT, et ils n’ont obtenu aucune solution. Et là, comme par hasard, on en parle à la venue de Hirsch, et tout d’un coup, il y a le budget, et tout de suite c’est mis en place !

En disant ça, on ne vise pas SUD Santé en tant que syndicat, mais les personnes comme lui qui ne font rien. Des gens de SUD à qui on a raconté cette aventure sont tout à fait au courant de la situation, et s’en lassent également : « ras le bol des gens comme ça, ils font jamais rien, et glandent dans leurs postes de secrétaires ». Lui il fait rien du tout, il siège même pas au CHSCT, il vient même pas nous accompagner pour parler avec Buzyn quand elle vient à l’hosto.

C’est ça le problème qu’on a : les gens qui ont du pouvoir et qui sont censés être de notre côté, ils se permettent tout et n’importe quoi. On en est là. C’est pour ça qu’on arrive à aucun accord, qu’on n’a pas de rapport de force. Évidemment ce n’est pas tous les syndicalistes, mais y en a un grand nombre. Il y a des gens qui ont des places stratégiques dans les luttes et dans les négociations, et là ce syndicaliste a été prendre une place et il fout rien.

C’est sa femme quand même qui a été trinqué avec Hirsch en buvant des champagnes et en mangeant des petits fours. Sa femme elle est cadre de Santé, aussi chez SUD, et elle était du CHSCT. Et les mêmes se permettent d’aller le lendemain « soutenir » les collègues qui galèrent à la maternité de Guingamp…

Ils font l’inverse de ce qu’il faudrait, car SUD Santé au niveau de leurs statuts et de leur règlement intérieur, c’est pas du tout ça… Pire encore, c’est tout le contraire ! Tu copines pas avec la direction ! J’ai des copains qui ont vu, quand Hirsch est arrivé par le petit parc, que le représentant SUD l’attendait avec la direction en train de blablater et qu’il lui a serré la main, etc. C’est juste extraordinaire.

Note : Les photos de l’action, prises par Serge d’Ignazio, sont disponibles ici.

References   [ + ]

1. Voir notre article « Buzyn mise en fuite à Saint-Louis« 
2. OTT : Organisation du temps de travail. Voir « Martin Hirsch signe un accord sur le temps de travail à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris« 
3. Ce procès oppose des requérant·es qui sont par ailleurs membres de notre association, à Martin Hirsch. Le procès est actuellement en appel.
4. Voir « AP-HP: un déficit plus lourd que prévu en 2017« 
5. Voir « Hôpital Saint-Louis, AP-HP : inauguration de deux policliniques ambulatoires pour une prise en charge personnalisée en hémato-cancérologie » sur le site de l’AP-HP.
6. Notons tout de même qu’une partie de ces échanges, filmés en direct sur Facebook, ont été supprimés des réseaux sociaux, certainement à la demande de la direction de Saint-Louis…
7. A vrai dire, il y avait aussi un représentant CGT d’un autre établissement de l’AP-HP.

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